suite au archetype yungien "neuromarketing"
Les archétypes, mythes du marketing international ?
Le terme de mythe doit être ici envisagé dans sa connotation que le sens commun lui donne à savoir : est-ce un épiphénomène ? Les analyses quantitatives mondiales de Young & Rubican tendent à prouver le contraire. Il sagit là en effet dune approche universalisable qui peut savérer rentable à condition bien sûr de garder à lesprit le relativisme culturel qui s'impose puisque si le substrat de larchétype demeure le même à travers le monde, sa traduction régionale ou locale fluctue.
Curieusement et quelque peu paradoxalement dailleurs, les ouvrages américains répertoriés Mark et Pearson, (2001), Rapaille, (2001), Vincent (2002), Wertime (2002), Zaltman, (2003), véhiculent ce même fantasme darchétypes issus ou reflétant les valeurs US qui se veulent universelles. Doù les dangers dinterprétation que lon peut en faire puisque le patrimoine de lhumanité ne saurait sassimiler ou se réduire au seul creuset de la culture américaine. Ce phénomène de projection des valeurs épistémologico-culturelles des chercheurs en sciences humaines et sociales savère cependant, lui aussi, quasi universel. Cest pourquoi certains auteurs (Hirschman et Holbrook, 1992) prêchent pour une tolérance de bon aloi absolvant de tout péché méthodologique les approches utilisées à condition bien sûr que les chercheurs concernés en soient conscients et donc modestes quant à la portée relativisée de leurs résultats. Ceux qui sintéressent à la problématique jungienne appliquée à la consommation mondiale se doivent donc de ne pas occulter le fait essentiel que « les marques internationales sont de grandes manifestations, en dehors de leurs frontières, des patrimoines et des archétypes nationaux » (Becker, 2003), leur utilisation se concrétisant pour des raisons psychologiques fort différentes tel que lexemple dArmani [larchétype du créateur] au Japon et aux États-Unis le démontre (Becker, 2002).
Les archétypes, Saint Graal du marketing international ?
En dautre termes, quid du postulat universalisant de Dichter et Levitt qui envisageaient le potentiel déconomie déchelle quune uniformisation du marché mondial procurerait aux stratèges du marketing international en devenant le Saint Graal de lefficacité financière ? La démarche de conquête des marchés internationaux fondée sur la conception jungienne des archétypes le rejette tout comme les cercles du marketing (voir notamment Kotler, 1986 et Wind, 1986) lavait fait auparavant et ce pour des raisons fort semblables à savoir que la réalité socio culturelle de la planète est beaucoup plus kaléidoscopique quuniforme.
La praxis du marketing international démontre sans équivoque que la très grande majorité des décisions commerciales a tendance à être caractérisée par une coordination décentralisante tel que cest le cas pour les marques pan européennes (Kapferer, 1996) ou pour les autres variables dites contrôlables du marketing mondialisé (Gates, 1995).
Au niveau de la segmentation des marchés internationaux fondée sur les styles de vie, il est intéressant de constater que les efforts pour identifier les similitudes de comportement au-delà des frontières nationales (BSBs Global Scan ou Y&R Cross-Cultural Consumer Characterizations par exemple) se trouvent minimisés par le besoin de sadapter aux différences culturelles et ce dautant plus que lon se rapproche du terrain (Keegan et Green, 2003). On comprend alors mieux les conclusions quelque peu normatives sur limpact de ces approches au sein de léconomie planétaire proposées par Becker (2002) qui affirme que « le drame des marques est peut être beaucoup plus darriver à des sociétés hyper fragmentées, multicellulaires, avec de grandes transversales mondiales quà des sociétés globalisées ou uniformisées les marques appartiennent donc plus à un système qui crée de la différence que de la globalisation ».
Au niveau communicationnel, à linstar des grandes campagnes publicitaires internationales, on va maintenir le fond du message, la même structure pour refléter le ou les archétypes utilisés mais faire varier la forme pour ladapter à sa spécificité locale. En fait, la conception jungienne est confirmée par la pratique du marketing mondial ou autrement dit la pratique du marketing mondial conforte la conception jungienne.
Le marketing fer de lance épistémologique de la sociologie comparée jungienne ?
Le marketing a épistémologiquement toujours été présenté comme une inter discipline appliquée. Lanalyse de ses liens avec certains concepts jungiens a notamment permis de mettre en lumière lapport riche et varié des diverses interprétations de la psychanalyse, des sciences neurologiques sans oublier celle de lanthropologie qui « est à la recherche des différences des costumes qui habillent les archétypes suivant lenvironnement et lhistoire » (Campbell, 1991). Jung confirme que ces derniers sont bel et bien le yin et le yang de la mondialisation sans uniformisation, ce que les décideurs commerciaux ont fort bien compris en mettant en place des stratégies de pénétration des marchés étrangers fondées sur la coordination décentralisée.
La démarche de marketing international contribue également à mieux comprendre le renouveau du bien fondé de lanalyse jungienne ainsi quà renforcer sa pertinence et sa mesure. À linstar de Desjeux (1987) qui affirmait que le marketing est le stade suprême de lanthropologie culturelle, peut-on formuler le postulat quil devient également le Saint Graal des archétypes jungiens ?
Bibliographie
Akoun A. et Veraldi, G. (1972), Linconscient, son langage et ses lois, Verviers, Gérard & Co, 256 p.
Arcand, B. et Bouchard, S. (2002), Cow-Boy dans lâme : sur la piste du western et du country. Montréal, Les éditions de lHomme, 239 p.
Badot, O. et Cova, B. (2003), Néo-marketing, 10 ans après : pour une théorie critique de la consommation et du marketing réenchantés. Revue Française du Marketing, novembre, pp. 79-94.
Becker, C. (2003). Les marques internationales miroirs du patrimoine de lhumanité. La revue des marques, No 41, Janvier, pp 48-51
Becker, C. (2002). Du Ricard dans mon Coca : nous et les marques. Paris, Éditions dOrganisation, 206 p.
Campbell, J. with Bill Moyers (1991), The Power of Myth, New York, Random House, 313 p.
Cova, B. et Cova, V. (2004), Lexpérience de consommation: de la manipulation à la compromission ? 3èmes Journées Normandes de la consommation, 18 p.
Denning, S. (2000), The Springboard : How Storytelling Ignites Action in Knowledge-Era Organizations. New York, Butterworth-Heinemann, 248 p.
Desjeux, D. (1987), Stratégies paysannes en Afrique Noire: le Congo (Essai sur la gestion de lincertitude), Paris, LHarmattan, 247 p.
Dichter, E. (1962), The World Customer, Harvard Business Review, vol 40, No 4, pp 113-122
Dichter, E. (1970), La stratégie du désir, Paris, Fayard
Downs A. and Carr A. (2001), Archetypal Images at the Stardust Casino: Understanding Human Experience, M@n@gement, Vol 4, No 3, pp 185-199
Duthois, S. (1996), Les règles de la seduction publicitaire. Communication et langages, No 109, 3ème trimestre, pp 33-50
Eco, U. (1993), De superman au sur-homme, Paris, Grasset et Faquelle
Eliade, M. (1963), Aspects du mythe, Paris, Gallimard, 257 p.
Gates, S. (1995). The Changing Role of the Marketing Function : a Research Report, New York, The Conference Board, 35 p.
Gobé, M., Zyman, S. and Cob, M. (2001). Emotional Branding: The new Paradigm for Connecting Brands to People. New York, Allworth Press, 352 p.
Goodman, J.R., Duke, L. and Sutherland, J. (2002), Olympic athletes and heroism in advertising: Gendered concepts of valor? Journalism and Mass Communication Quarterly, Vol. 79, No 2, pp 374-393.
Harrus-Revidi, G. (1997). Psychanalyse de la gourmandise. Paris, Payot, 186 p.
Hirschman, E. and Holbrook, M. (1992), Postmodern Consumer Research: The Study of Consumption as Text. Newbury Park, Sage publications, 153 p.
Jung, C, G (1968a), Psychological Aspects of the Mother Archetype in The Collected Works of C. G. Jung: the Archetypes and the Collective Unconscious, 2nd ed, Vol. 9, Part 1, Princeton, NJ, Princeton University Press, pp 75-100
Jung, C. G. ,Editor and after his death von Franz, M.L. (1968b), Man and his Symbols , New York, Bantam Doubleday Dell Publishing Group, 447 p.
Jung, C.G. (1975), Les racines de la conscience. Paris, Buchet- Chastel
Kapferer, J.N (1996), Les marques. Paris, Les Éditions dOrganisation
Katona, G. (1960), The Mass Consumption Society, New York, McGraw-Hill
Keegan, W. and Green, M. (2003), Global Marketing. Upper Saddle River, N.J., Prentice Hall, Third edition, 686 p.
Kotler, P. (1986), Global Standardization: Courting Danger. The Journal of Consumer Marketing, Vol 3. No 2
Lagneau, G.(1977), La sociologie publicitaire. Paris, PUF, 127 p.
Levitt,T. (1983) « The Globalization of Markets ».Harvard Business Review. May-June, pp 92-102
Marcuse, H. (1968), Lhomme unidimensionnel, Paris, Minuit.
Mark, M. and Pearson, C. (2001), The Hero and the Outlaw: Building Extraordinary Brands Through the Power of Archetypes, New York, McGraw-Hill, 398 p.
Packard, V. (1958), La persuasion clandestine, Paris, Calmann-Levy
Païtra J. (2002), Votre imaginaire interdit de travail : ces comportements qui changent la vie. Paris, Eyrolles, 170 p.
Pellemans, P. (1999), Recherche qualitative en marketing : perspectives psychoscopiques, Bruxelles, De Boeck Université, 461 p.
Pellemans, P. (1998), Le marketing qualitatif :perspectives psychoscopiques. Bruxelles, De Boeck Université, 328 p.
Rapaille C. (2001). Seven Secrets of Marketing in a Multi-Cultural World. Provo,UT, Executive Excellence Publishing, 301 p.
Sauvageot, A. (1987), Figures de la publicité, figures du monde. Paris, PUF, 200 p.
Simmons, A. (2002), The Story Factor : Inspiration, Influence, and Persuasion Through the Art of Storytelling. Boulder, Co, Perseus Publshing, 272 p.
Tisseron, S. (2002), Comment lesprit vient aux objets. Paris, Éditions Aubier, 231 p.
Travis, D. (2000), Emotional Branding : How Succesful Brands Gain the Irrational Edge. Chicago, Prima Life Styles, 320 p.
Vincent, L. (2002), Legendary Brands : Unleashing the Power of Storytelling to Create a Winning Market Strategy. Chicago, Dearborn Trade Publishing, 331 p.
Wertime, K. (2002), Building Brands & Believers : How to Connect with Consumers using Archetypes. Singapore, John Wiley & Sons, 283 p.
Wind, Y. (1986), The Myth of Globalization. The Journal of Consumer Marketing, Vol. 3, No 2
Zaltman, G. (2003), How Customers Think : Essential Insights into the Mind of the Market. Boston, Harvard Busisness Scholl Press, 345 p.
Zaltman, G. and Walendorf, M. (1979), Consumer Behavior: Basic Findings and Management Implications, Toronto, John Wiley and sons. 700 p